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26.12.2005
Ça n’arrive pas qu’aux autres (1)
Par hasard j’ai rencontré un ami intime, « un Blabli » qui ne s’exprime que pour critiquer. Je l’aime beaucoup et j’adore sa méthode de critiquer les choses. Je ne l’ai pas vu depuis un mois.
-J’ai lu dans la presse qu’il y aura demain un remaniement gouvernemental. C’est vrai ? je lui demande.
Il m’a scruté curieusement de haut en bas avant de s’éclater de rire comme si je lui ai raconté une blague.
-Tu crois encore à ses choses là ? En plus, je ne sais pas pourquoi tu t’intéresses encore à la politique.
Et il m’a sollicité de faire un tour dans les quartiers bidonvillois, de se rendre au marché pour être proche des problèmes des gens.
-Et il faut attendre L’7awli (le mouton) Al 7awli.
Mon ami est quadragénaire, marié et père de deux enfants. Il touche entre 5 et 6 mille dirhams. Son épouse est femme au foyer. Les crédits rongent son salaire au point qu’il lui en reste que des bribes à chaque fin-début de mois.
-Tu sais, je vais racheter ma part de cotisation à la CIMR (Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite).
-Pourquoi ?
Il a travaillé dans une première société qui lui payait sa part de cotisation à la CIMR. Au contraire, la deuxième société dans laquelle il a été embauché depuis quatre ans ne lui paie que la CNSS.
-J’ai dit pourquoi ne pas me bénéficier de ma cotisation pour au moins trouver par quoi s’acquitter de quelques crédits et acheter ce mouton de merde.
Et il a commencé à reprocher ses musulmans « Dial Takhir Azzamane ».
-Je ne sais pas pourquoi nous attachons à L7awli, alors que nous ne pratiquons pas les cinq prières. On s’attache à la Sunna en abandonnant L’farde…Étrange, mon ami… « Ghadyine Bal Magloube ».
Je l’ai accompagné au siège de l’assurance qui lui a livré un document. Il doit le légaliser à l’arrondissement urbain.
-Yallah M3aya Tchouf Lmaghreb…
Nous sommes rentrés au siège de l’arrondissement, Bousmara, en ancienne médina, à Casablanca.
Devant le bureau de service de légalisation, un papier est accroché à la porte : « 20 dirhams pour la légalisation des documents ».
- Vingt dirhams ? C’est excessif…Qu’est ce qu’ils vont faire pour ce document de merde ? Vingt dirhams…Wa La7mak hada…
Mon ami m’a confié qu’il ne dispose que de 15 dirhams. Je l’ai calmé et j’ai mis ma main dans ma poche pour lui donner 5 dirhams.
« Le suivant », appelle un fonctionnaire qui s’accoudait sur un bureau délabré.
Mon ami est rentré. Le fonctionnaire lui a demandé gentiment de s’asseoir et a reçu le document. Mon ami le regardait attentivement. Le fonctionnaire a mis un premier cachet sur le document, puis un second avant de le signer. Il l’a remise ensuite à mon ami pour le signer. Après quoi, il en a mis un timbre de 2 dirhams…Stupéfait, mon ami m’a fixé par ses yeux qui brillaient. Le fonctionnaire l’a regardé et lui a lancé un sourire. Mon ami a mis sa main dans la poche et a fait sortir une pièce de 10 dirhams que le fonctionnaire a tiré rapidement et a jeté dans un tiroir déjà ouvert. Mon ami est sorti de bureau en maudissant les circonstances qui l’ont poussées à soudoyer un fonctionnaire.
-Pourquoi tu t’énerves ? Il a gagné 8 dirhams et tu as épargné 10…Alors donnes moi mes 5 dirhams…
Il m’a scruté avec des yeux devenus rouges comme des braises.
-Je plaisante, je plaisante…
C’est la première fois que je l’ai vu dans un état très nerveux. Je ne croyais qu’il perd à ce point ses nerfs.
-En principe, je déteste la corruption, me dit-il.
-Mais tu n’as pas le choix.
Il s’est tu. Son silence a duré quelques secondes au point que j’ai cru qu’il n’est plus qu’un corps sans âme.
-Le besoin…le besoin nous oblige à accepter des choses bizarres…
Nous sommes retournés au siège de l’assurance pour qu’il reçoive le chèque. Il ne porte que 5.130,90 dirhams. Nous avons pris aussitôt un petit taxi qui nous a conduit à la banque. Nous y sommes rentrés. Mon ami s’est tenu devant le banquier et lui a donné le chèque. Le banquier a pianoté sur le clavier de son PC avant de regarder mon ami. Il lui a demandé sa carte d’identité nationale. Mon ami lui en a livré avant de signer au dos du chèque. Et enfin, le banquier a commencé à lui verser l’argent. Il lui a donné lentement une liasse de 5.000 dirhams et l’a fixé de ses yeux. Il lui a tendu une deuxième fois un billet de 100 dirhams. Et il l’a fixé une deuxième fois avec des regards étranges. Et la troisième fois, il lui a donné deux pièces de 10 dirhams chacune pour croiser ses bras ensuite comme s’il lui demande de disparaître sans réclamer les 10,90 dirhams. Mon ami a tourné ses regards à ma direction comme s’il me demande : « Que dois-je faire ? ».
-Yallah F7alatak…Ce sont les dix dirhams que tu as épargnés, il y a un instant…
-Mais je suis perdant de 0,90 dirhams…
-Tu n’as pas le choix…
-Parles-tu encore du remaniement gouvernemental ?, m’a-t-il demandé
J’ai gardé le silence…C’est mieux parfois de ne rien dire…Pour s’exploser enfin ?

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18.12.2005
feuilles perdues (11)
Maudissez-moi…Haïssez-moi profondément…ne m’aimez jamais…je vous préviens…je ne veux plus être aimé…et je n’aime plus personne…Eh ! ceux qui prétendent m’aimer…je suis certain que vous m’aimez pour moi-même…je ne le mérite pas…je…ne…le…mérite…pas…Détestez-moi…vos cœurs sont des ténèbres de l’égoïsme, de la complaisance et de l’hypocrisie…Qui ose m’aimer uniquement pour Dieu ?…Qui tente m’aimer pour qu’il soit le miroir qui dévoile mes défauts et faiblesses…Qui risque me conduire vers le chemin du Bien et m’interdire de mettre le pied sur le chemin du Mal ?….Qui ? Personne ?...

13:10 Publié dans Les feuilles perdues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
16.12.2005
La séparation de l'âme et du corps
Adieu à vous, mon Corps, adieu je dis.
Vous et moi ne faisions qu'un en notre première saison :
S'il plaît à Dieu aujourd'hui de nous séparer.
Puisque nous avons bien vécu, nous ne devons pas nous en attrister.
Hélas! ma pauvre Ame, mon essence immortelle,
J'entends forger mes chaînes, vous allez me quitter !
J'ai fait pour vous le sacrifice de mes penchants,
Et, maintenant, vous me laissez seul.
Il est vrai, mon compagnon, mon camarade de fortune,
Pour ce qui est des Commandements, vous n'en avez enfreint aucun.
Mais Dieu ordonne, de par sa toute-puissance,
Que nous cessions, moi, d'être votre maîtresse, vous d'être mon serviteur.
Dieu, s'il est content de nos bons déportements,
Peut ne rien changer à notre condition
Et nous laisser ensemble, sans nous séparer,
A vivre en repos, unis comme par le passé.
Ainsi en était-il sous la première Loi :
Mais Adam bouleversa tout par sa désobéissance,
Et, maintenant, le Corps est séparé de l'Ame,
Vous allez à la terre et moi, je vais au ciel.
Si c'est moi la maison qui fut faite pour vous loger,
Aujourd'hui qu'on nous sépare, qui vous recevra ?
Vous serez triste de me quitter, moi, votre frère,
Et je serai plus triste encore sans vous, ma vraie âme.
Quand je serai délivrée des liens où vous me tenez captive,
Le palais de la Trinité, des Saints et des Anges
Est préparé pour me recevoir, plus magnifiquement orné
Que les demeures du Soleil quand il brille à l'Orient.
Si c'est pour l'avoir bien servi
Que Dieu le Père vous donne place en son palais,
Je prétends en toute justice à ma part dans vos honneurs,
Puisque j'ai été l'instrument de vos vertus.
Attendez, mon ami, que vienne à nouveau
La Résurrection : je me cramponnerai à votre main,
Et, fussiez-vous aussi lourd que le fer, après avoir séjourné au ciel,
J'aurai la force d'un aimant pour vous attirer à ma suite.
Quand je serai le captif étendu dans la tombe,
Et que mes membres se seront décomposés dans la terre,
Quand je n'aurai plus d'intact ni main, ni pied, ni bras
Il sera bien tard pour songer à m'enlever là-haut.
Celui qui créa le monde, sans modèle et sans matière,
Est assez puissant pour vous redonner forme.
Celui qui vous façonna, le premier, en un temps où vous n'étiez pas encore,
Sera capable de vous trouver là où vous ne serez plus.
Vous m'avez en mépris et vous me repoussez, moi, votre ami,
Parce que vous me voyez plein d'imperfections ;
Il n'y a d'amour que là où il y a égalité ;
Me jugeant inférieur, vous me laissez de côté.
Les corps vertueux, comme vous l'avez été,
Sont des trésors précieux dans la terre bénite,
Comme sont les racines de la rose, de la lavande ou de la fleur de lys,
Dans le coin d'un jardin, ainsi vous serez dans l'église.
La rose, la fleur de lys et autres bouquets de même sorte
Perdent leurs pétales, puis de nouveau les retrouvent ;
Si je leur suis semblable, comme vous le dites,
Avant qu'il soit un an, je serai ressuscité.
Une année composée d'autant de jours que les années ordinaires,
Mais dont chaque jour serait de mille ans,
Amènera peut-être pour nous la Résurrection,
Mille ans, devant Dieu, ne sont qu'un jour.
Adieu à vous, ma mie, adieu encore, puisqu'il le faut !
Dieu vous conduise au lieu de vous aspirez !
Vous resterez toujours éveillée - moi, hélas! je dormirai.
Quand viendra le terme, ne manquez pas de m'avertir.
Adieu, corps bienheureux, et merci
De votre obéissance et de vos bons services
Quand viendront les anges sonner les trompettes
Pour appeler au Jugement général, nous nous reverrons.
Allez donc, ma vie, recevoir le lot
Auquel vous prétendez dans le grand héritage,
Des joies éternelles du Firmament !
Moi, mon agonie est close, mes yeux se ferment,
Je vais exhaler mon dernier soupir.

14:45 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.12.2005
Les feuilles perdues (10)
Combien sont-ils mes frères et sœurs que mes parents n’ont pas mis au monde ? Il semble être rare…Je suis certain qu’ils sont au nombre des doigts d’une seule main, si ce n'est pas moins...il y avait des décennies quand j’étais nourrisson, je ne croyais qu’aux larmes qui obligeaient mes parents d’obtempérer à mes désirs...les mamelles de ma mère étaient un réservoir d’une passion et d’un amour unique...je ne suis plus cette personne que j’étais...qui attendait impatiemment l’avenir, qui rêvait d’un demain plein d’espoir, qui lance un regard optimiste vers l’horizon...quel horizon ? Il me semble être définitivement bouché...seul le passé devient mon présent…un passé qui n’est autre qu’une superstition arguant mon échec...oui mon échec...l’échec d’accompagner une hypocrisie sociale sans inquiétude et agacement...Je suis certain que je délire...moi le fou…mais combien sont-ils mes frères et sœurs que ma mère n’a pas mis au monde ? Qui sont-ils ?…Partout, je cherche dans les yeux…à l'intérieur des cœurs…comme si je cherche un lueur de lumière dans les ténèbres…

13:25 Publié dans Les feuilles perdues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


