16.12.2005

La séparation de l'âme et du corps

L'Ame

Adieu à vous, mon Corps, adieu je dis.
Vous et moi ne faisions qu'un en notre première saison :
S'il plaît à Dieu aujourd'hui de nous séparer.
Puisque nous avons bien vécu, nous ne devons pas nous en attrister.

 

Le Corps

Hélas! ma pauvre Ame, mon essence immortelle,
J'entends forger mes chaînes, vous allez me quitter !
J'ai fait pour vous le sacrifice de mes penchants,
Et, maintenant, vous me laissez seul.

 

L'Ame

Il est vrai, mon compagnon, mon camarade de fortune,
Pour ce qui est des Commandements, vous n'en avez enfreint aucun.
Mais Dieu ordonne, de par sa toute-puissance,
Que nous cessions, moi, d'être votre maîtresse, vous d'être mon serviteur.

Dieu, s'il est content de nos bons déportements,
Peut ne rien changer à notre condition
Et nous laisser ensemble, sans nous séparer,
A vivre en repos, unis comme par le passé.
Ainsi en était-il sous la première Loi :
Mais Adam bouleversa tout par sa désobéissance,
Et, maintenant, le Corps est séparé de l'Ame,
Vous allez à la terre et moi, je vais au ciel.

 

Le Corps

Si c'est moi la maison qui fut faite pour vous loger,
Aujourd'hui qu'on nous sépare, qui vous recevra ?
Vous serez triste de me quitter, moi, votre frère,
Et je serai plus triste encore sans vous, ma vraie âme.

 

L'Ame

Quand je serai délivrée des liens où vous me tenez captive,
Le palais de la Trinité, des Saints et des Anges
Est préparé pour me recevoir, plus magnifiquement orné
Que les demeures du Soleil quand il brille à l'Orient.

 

Le Corps

Si c'est pour l'avoir bien servi
Que Dieu le Père vous donne place en son palais,
Je prétends en toute justice à ma part dans vos honneurs,
Puisque j'ai été l'instrument de vos vertus.

 

L'Ame

Attendez, mon ami, que vienne à nouveau
La Résurrection : je me cramponnerai à votre main,
Et, fussiez-vous aussi lourd que le fer, après avoir séjourné au ciel,
J'aurai la force d'un aimant pour vous attirer à ma suite.

 

Le Corps

Quand je serai le captif étendu dans la tombe,
Et que mes membres se seront décomposés dans la terre,
Quand je n'aurai plus d'intact ni main, ni pied, ni bras
Il sera bien tard pour songer à m'enlever là-haut.

 

L'Ame

Celui qui créa le monde, sans modèle et sans matière,
Est assez puissant pour vous redonner forme.
Celui qui vous façonna, le premier, en un temps où vous n'étiez pas encore,
Sera capable de vous trouver là où vous ne serez plus.

 

Le Corps

Vous m'avez en mépris et vous me repoussez, moi, votre ami,
Parce que vous me voyez plein d'imperfections ;
Il n'y a d'amour que là où il y a égalité ;
Me jugeant inférieur, vous me laissez de côté.

 

L'Ame

Les corps vertueux, comme vous l'avez été,
Sont des trésors précieux dans la terre bénite,
Comme sont les racines de la rose, de la lavande ou de la fleur de lys,
Dans le coin d'un jardin, ainsi vous serez dans l'église.

 

Le Corps

La rose, la fleur de lys et autres bouquets de même sorte
Perdent leurs pétales, puis de nouveau les retrouvent ;
Si je leur suis semblable, comme vous le dites,
Avant qu'il soit un an, je serai ressuscité.

 

L'Ame

Une année composée d'autant de jours que les années ordinaires,
Mais dont chaque jour serait de mille ans,
Amènera peut-être pour nous la Résurrection,
Mille ans, devant Dieu, ne sont qu'un jour.

 

Le Corps

Adieu à vous, ma mie, adieu encore, puisqu'il le faut !
Dieu vous conduise au lieu de vous aspirez !
Vous resterez toujours éveillée - moi, hélas! je dormirai.
Quand viendra le terme, ne manquez pas de m'avertir.

 

L'Ame

Adieu, corps bienheureux, et merci
De votre obéissance et de vos bons services
Quand viendront les anges sonner les trompettes
Pour appeler au Jugement général, nous nous reverrons.

 

Le Corps

Allez donc, ma vie, recevoir le lot
Auquel vous prétendez dans le grand héritage,
Des joies éternelles du Firmament !
Moi, mon agonie est close, mes yeux se ferment,
Je vais exhaler mon dernier soupir.

Anatole Le Braz (1859-1926)

           

23.11.2005

Tarjuman Al Ashwaq

L'interprète des désirs (Mouhidine Ibn 'Arabi)


... Prodige ! Une jeune gazelle voilée

Montrant de son doigt pourpré et faisant signe de ses paupières!

Son champ est entre côtes et entrailles,

O merveille, un jardin parmi les flammes !

Mon coeur devient capable de toute image:

Il est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines,

Temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins,

Tablettes de la Torah et livre du Coran.

Je suis la religion de l'amour, partout où se dirigent ses montures,

L'amour est ma religion et ma foi.





 
ترجمان الأشواق
محيي الدين بن عربي



إني عجبتُ لظبي من محاسنه * يختال ما بين أزهار وبستان


لقد كنت قبل اليوم أنكر صاحبي * إذا لم يكن ديني إلى دينه دان


لقد صـار قلبي قابلاً كلَّ صورة * فمرعى لغزلان وديـر لرهبان


وبيت لأوثـان وكـعبة طائـف * وألواح تـوراة ومصحف قرآن


أدين بديـن الحب أنَّى توجَّهتْ * ركائبُه، فالحب ديـني وإيمـاني